Le temps des Cigales 2
Je vous parlai dernièrement du temps des cigales dans les Vignes Je disais donc que c’est là, dans mes souches (et celle des voisins bien sûr) que commence le cycle de la cigale. Dans presque chaque pieds, une ou deux jeunes cigales.
Elle a d’abord passé 4 à 6 ans sous terre. Puis elle sort, toute riquiqui, et monte sur le premier arbuste qu’elle trouve. Elle va se nourrir de sève pendant ses quelques semaines de vie au soleil. Le top du top est que les piqûres qu’elle fait avec sa « paille » n’occasionne aucun dommage à la plante.. Respect la cigale..
Elle va donc se développer, à grand bruit (on dit qu’elle stridule ou qu’elle craquette) ; j’ai même lu – avis aux amateurs de sieste méridionale – que la cigale était l’insecte le plus bruyant !!
Elle peaufinera aussi ses ailes (magnifiques, je vous les recommande, toutes en transparence et délicatesse).
Mais, avant tout cela, ma minuscule cigale ne sait pas encore voler. Comme chez ses aînés, le mâle reste silencieux quand on s’approche. Et quand mon passage dans la souche la dérange, il semble que la cigale se laisse tomber par terre et s’agite à grand bruit. On dirait qu’elle ne sait même pas se remettre rapidement sur ses pattes et s’énerve sur le dos, jusqu’à enfin prendre appui, se remettre à l’endroit, et se taire sans bouger (elle ferait la morte ?!?).
Au fur et à mesure que l’été avance, ces bébés-cigales laissent la place à des adultes plus nerveux et plus farouches : le démarrage a alors quelque chose d’Hussein Bolt, et même quelque fois un petit pipi en prime !!
Voilà le contexte. Et là intervient mon fils : nom de code Goldorak. Bientôt 10 ans ; une certaine curiosité pour la nature. Souvent nous venons faire un tour ensemble dans les vignes. Il ne lui déplait pas, à l’occasion, de m’aider à étêter les longs sarments d’une jeune vigne ou faire du feu. Tout récemment nous avons même profité des braises pour faire griller quelques saucisses et s’improviser un pique nique entre hommes.
Une des missions préférées du moment reste quand même la Cueillette de Cigales. Mais cela ne s’improvise pas ; attention aux préparatifs.
D’abord l’équipement :
- de bonnes chaussures pour avancer sur une terre labourée,
- la casquette,
- une bonne boite en carton, trouée pour laisser respirer..
L’objectif :
- certaines vignes sont plus peuplées que d’autres,
- les souches en « gobelet »* sont plus propices à la cueillette.
Puis la stratégie :
- une approche silencieuse d’une source de chant,
- le repérage de la bête,
- l’avancée, centimètre par centimètre de la main, sans précipitation,
- puis le dernier geste sûr et rapide..
Enfin une bonne préparation mentale : l’opération n’étant pas garantie à chaque fois, prévoir une bonne dose de persévérance.
Cette fois là, Goldorak, moi et la boite occupée par 4 ou 5 cigales, la fierté du Cueilleur-de-champignons-chanceux en bandoulière, nous sommes donc revenus montrer tout cela à la maman. Conclusion de l’histoire, nous avons eu droit à une seule heure pour libérer tout notre petit monde dans le jardin des grands-parents..
En épilogue, je ne voudrais pas laisser des doutes en suspens :
- non nous ne mangeons pas les cigales ! Nous préférons largement les escargots passés sur la grille pour une « cargolade »,
- tous les vignerons du coin ne jouent pas à Trappe-Trappe-Cigale,
- l’énorme majorité de ces cigales n’a jamais rien à craindre des hommes.
Pour finir, je parierais que la maturation de nos raisins en « musique » tout juillet, joue sûrement sur « l’harmonie » de nos vins.. Je le crois. Votre avis ??
Martin- Vigneron coopérateur
